Alice Berthomieu
Musicothérapie Toulouse

Musicothérapie et cancer

Envahi par des émotions qui le submergent, le patient cancéreux présente souvent un taux d’anxiété élevé. Ses proches, désarçonnés, sont sous le choc.
Pour l’équipe soignante, la lourdeur de la prise en charge au quotidien est exceptionnelle. La communication est parfois difficile entre les uns et les autres.

Dans cette étude, j’ai proposé la musicothérapie comme vecteur de message différent, au sein du vaste contexte non-verbal. Elle se révèle efficace pour créer une relation de qualité et apporter une aide complémentaire.

Nous avons montré comment les sons et la musique, directe- ment liés à l’histoire de l’être humain sont les outils de communication utilisés dans cette discipline.
Ces moyens, centrés sur l’écoute font le lien entre les per- sonnes qui ont besoin des soins, leur entourage, et celles qui les dispensent.

Les séances de musicothérapie ont apporté des repères rassurants pour Mme S. et Mme D. Nous pouvons dire que le processus créé a eu des actions sur différents plans :

  • symptomatique, en tant que thérapeutique de l’anxiété ou détente psychomusicale,
  • pathogénique, intervenant sur le mécanisme de certains troubles, avec des effets sédatifs et/ou stimulant,
  • spécifique, pour ouvrir un «canal de communication sonore » avec une personne en rupture de lien, et auprès des proches.

Les écoutes musicales ont facilité l’expression des émotions, permis de mettre des mots sur les souffrances présentes et anciennes, procuré de la détente et apaisé la détresse. A travers l’étude de l’environnement sonore et musical, les représentations de la maladie ont pu être abordées ; ceci afin de retrouver du sens, de revisiter une histoire.

La mise en place d’outils spécifiques s’est effectuée avec de la créativité dans les stratégies de communication.

Tout au long de ce travail intimement lié à celui d’une équipe pluridisciplinaire, nous avons suivi les lignes directrices de la psycho-oncologie par : 

  • la perception et la reconnaissance des besoins des patientes et de leurs proches,
  • leur adhésion indispensable à un moyen d’aide spécifique,
  • la compréhension de la façon dont la maladie s’intègre dans leur histoire.

Par conséquent, notre travail de recherche nous permet d’affirmer que l’aspect structurant et formalisé de la musicothérapie rejoint la psycho-oncologie, compte tenu des limites sus-citées. L’articulation entre ces deux disciplines favorise une prise en charge globale de la personne malade, avec le respect des rythmes de chacune. Les objectifs de soutien, d’accompagnement et d’amélioration de la qualité de vie sont communs aux deux disciplines avec des moyens différents.

Il serait donc intéressant de vérifier notre hypothèse auprès d’un plus grand nombre de patients.

La musicothérapie rejoint l’originel puisque :

«L’espace sonore est le premier espace psychique... Espace abrité mais non hermétiquement clos, volume à l’intérieur duquel circulent les bruissements, les échos, les résonances»1. Ce champ d’application limité est très utile car il s‘adresse en priorité à des personnes en grande souffrance, souvent démunies sur le plan de la communication.

L’écoute musicale individuelle et adaptée à la personne malade, aide à mettre de l’ordre dans le désarroi et la désorganisation directement liés au cancer.
Dominique Bertrand est musicien et musicothérapeute à l’Institut Curie :

«J’entends le cancer comme une mise en dissonance : une partie du corps se met à être autonome et anarchique. Mettre son corps en résonance, c’est peut-être mettre à jour la dissonance, en prendre conscience afin que ça prenne du sens et que l’on puisse s’exprimer enfin»2.

La littérature émanant de différents pays nous apporte des éléments sur une utilisation de plus en plus fréquente de la musicothérapie en oncologie. 

Je citerai quelques références non exhaustives concernant ces prises en charge.

> En Italie, à l’université d’Udine, l’écoute musicale est utilisée lors de certains traitements :
«Écouter de la musique peut être considéré comme un soutien à la pratique de la médecine traditionnelle pour la réduction de l'anxiété et le stress lié à la chimiothérapie. On a pu constater l'efficacité de la musicothérapie pour réduire l'anxiété chez des femmes atteintes du cancer du sein et traitées par chimiothérapie.»3

> Au Canada, la musicothérapie s’est implantée dans les années 1960. Elle est reconnue en tant que thérapeutique à part entière et ses applications sont multiples.

  • S.Porchet – Munro est pionnière dans l’utilisation de la musique en soins palliatifs4. Elle définit la musicothérapie comme : «l’utilisation intentionnelle des propriétés et du potentiel de la musique et de son impact sur l’être humain. C’est une discipline qui peut améliorer l’état psychophysiologique grâce à l’effet de relaxation et la sensation de bien-être qu’elle procure.»
  • La société canadienne du cancer a édité un «Guide des thérapies complémentaires à l’intention des per- sonnes atteintes de cancer».
    La musicothérapie est conseillée pour favoriser le contact social, soulager les symptômes, réduire le stress et procurer une sensation ce bien-être.
  • La Dre M.Rykov, chercheuse, espère qu’un jour, la musicothérapie sera intégrée au traitement standard du cancer «afin d’aider chaque personne à traverser son expérience personnelle de la maladie»5. Avec l’aide financière de la Société canadienne du cancer, elle vérifie si la musicothérapie peut changer la vie des personnes touchées par le cancer. Elle entreprend une étude dans plusieurs régions du Canada pour vérifier les effets de la musicothérapie sur les patients atteints du cancer et sur leurs proches.

> En France, l’Atelier de Musicothérapie de Bordeaux et l’Association Française de Musicothérapie, conduisent des travaux de recherche et de formation.
Ils regroupent des psychologues, des médecins, des musiciens et des chercheurs. Leur action dynamique a favorisé la création d’ateliers de musicothérapie dans de nombreux établis- sements de soins.

La recherche fait partie d’un vaste champ d’étude et d’application sur le plan social. Elle insiste sur la prévention des aspects négatifs produits par un mauvais usage des phénomènes acoustiques. Les musiques fonctionnelles et de fond sont deux formes créées par la société de consommation. Leur but est d’atténuer, en apparence, l’effort du travailleur et d’augmenter la production, ou de rendre agréables les lieux remplis de monde.

Il y a un risque de pollution sonore dans l’usage inconsidéré de gros volumes sonores ; ils peuvent produire des lésions irréversibles du système auditif.
Les effets que peut produire la musique sont directement liés à son utilisation. Elle sera un outil de communication si elle est employée de manière appropriée par des professionnels.

La formation des praticiens en musicothérapie est donc un pôle important qui permet l’acquisition de connaissances théoriques et pratiques : psychologie, psychopathologie, ethnologie et communication, musique et phénomènes sonores. L’expérience d’un travail en équipe pluridisciplinaire se réalise à travers des stages en milieu hospitalier. Ils procurent une cli- nique de terrain et un apprentissage didactique.

Les candidats sont des professionnels des domaines médical, paramédical, social et musical, pédagogique ou relationnel. Un module de formation de «Sensibilisation à la musicothérapie» peut également être proposé à l’ensemble des acteurs de soins en oncologie.

L’objectif est de se situer en tant que professionnel dans un environnement sonore donné, d’appréhender les sons et la musique en tant qu’outils de communication.

L’intégration d’un musicothérapeute au sein d’une équipe de psycho-oncologie peut apporter une aide efficace et complémentaire dans une prise en charge globale. L’utilisation appropriée des sons et de la musique permet de redonner du sens, de faire des liens et d’améliorer la qualité de vie des patients.

Elle sera médiatrice de communication et facilitera la relation avec les proches et les soignants. 

1) D.Anzieu «Le moi peau», Paris, éd. Dunod, 1995

2) in «Musiques sur ordonnance», émission télévisée «La marche du siècle», 23 janvier 1997, A2 

3) École des sciences infirmières, Université de Udine, Via Colugna 50, Udine, Italie. Holist Nurs Pract. 2009 Jul-Aug;23(4):238-42 

4) Symposium sur « Music Therapy at the End of Life » 1er et 2 mars, 2004 • Beth Israël Medical Center

5) www.cancer.ca/Canada-wide/cancer 


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